Lundi 2 novembre 2026 à Neuchâtel, la 19e édition de Forum360 s’est déroulée sur le thème “La vérité si je mens – Naviguer à l’ère du faux”
Il y a une image qui résume mieux que n’importe quelle introduction le sujet de la soirée. Le président du comité de Forum360 l’a projetée pour ouvrir la conférence : le pape François, en doudoune blanche, dans une mise en scène très réaliste. Une photo qui a circulé massivement sur les réseaux sociaux. Et qui n’a jamais existé.
C’était le lundi 2 novembre au Théâtre du Passage à Neuchâtel, pour la 19e édition de Forum360 sur le thème “La vérité si je mens – Naviguer à l’ère du faux”.
Quelque 500 personnes avaient fait le déplacement. Emilie Rousseau, superviseuse du système d’inscription à l’événement développé par UDITIS, en faisait partie. Elle relate sa perception de l’événement.
Trois experts, trois angles
Le format de Forum360 est rodé. Un mot de bienvenue, une introduction par David Berger – journaliste et modérateur habituel de l’événement – puis trois intervenants qui traitent le même sujet depuis des disciplines différentes. Ce soir-là, la neuroscience, la culture numérique et l’économie.
Samah Karaki, neuroscientifique et autrice de plusieurs essais, a ouvert la soirée. Son angle : comment notre cerveau traite l’information, et pourquoi le problème commence bien avant les algorithmes. Face à l’incertitude, le cerveau humain cherche à classer, à simplifier, à trancher. Ce mécanisme est naturel et rassurant. Il est aussi ce qui nous rend perméables à une information fausse mais rassurante. Sa proposition n’est pas d’éliminer ses biais – exercice illusoire – mais d’accepter activement la possibilité de se tromper, et de confronter ses sources plutôt que de chercher des confirmations.
“Ce qui m’a interpellée dans son exposé, c’était de dire que l’incertitude était insécurisante pour nous, et que nous catégorisions les choses pour nous rassurer”
Tristan Mendès France, maître de conférences à l’Université Paris Cité et spécialiste du complotisme, a ensuite cartographié l’écosystème informationnel. Il le décompose en trois étages : l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux et les algorithmes. L’IA peut générer des contenus crédibles, orienter les réponses selon les paramètres qu’on lui impose, et produire de la désinformation à grande échelle. Les réseaux sociaux surreprésentent les voix les plus extrêmes et les plus actives, au détriment des positions nuancées. Les algorithmes amplifient ce qui retient l’attention, pas ce qui est juste. Résultat : une information peut acquérir de la crédibilité uniquement par sa répétition, indépendamment de sa véracité. Son conseil pratique : toujours vérifier la source d’une information avant de la relayer ou de la croire.
Michaël Lainé, économiste, a clos les interventions en ajoutant une dimension souvent absente des discussions sur la désinformation : la rentabilité du système. Nos traces numériques alimentent des profils comportementaux précis. Nos émotions, quand elles renforcent des croyances existantes, brouillent notre lecture des faits. Le besoin humain d’appartenance à un groupe crée des chambres d’écho. Et notre faible tolérance à l’ennui pousse vers des contenus de plus en plus polarisants. Il a quelque peu débordé sur son temps de parole. Le modérateur, bienveillant, l’a relevé avec humour. Lui aussi, percevant la salle amusée.
Ce qu’on retient de la table ronde
David Berger a réuni les trois intervenants en fin de soirée pour une session de questions-réponses. La question des solutions s’est naturellement posée. Les intervenants ont mis en avant le rôle de l’éducation et de l’instruction. La famille et l’école comme deux leviers complémentaires pour développer, dès le plus jeune âge, un regard critique sur l’information.
Pour Emilie Rousseau, la soirée a surtout eu la valeur d’une confirmation.
“Globalement, je pense que nous sommes la plupart au courant. Mais il y a un côté validation, un peu mathématique de la chose. Voir des experts démontrer avec méthode ce que nous pressentons intuitivement a quelque chose d’utile, même si la démonstration n’est pas réjouissante.”
Ce qu’elle retient surtout de Samah Karaki : l’idée que la lucidité sur ses propres biais vaut mieux que l’illusion de les avoir corrigés. Une posture qui s’applique bien au-delà des deepfakes.
La question des jeunes générations, celles qui ont grandi entièrement dans un environnement numérique, a également été soulevée. Il faut vraiment les sensibiliser, en leur donnant les outils pour comprendre comment fonctionne ce qu’ils consomment. Une piste de travail que l’événement a laissée ouverte, sans la refermer.
UDITIS, partenaire de Forum360
UDITIS est partenaire de Forum360 et accompagne l’événement avec sa solution online sur mesure pour les invitations, inscriptions en ligne et génération de e-tickets. Pour l’entreprise, ce partenariat s’inscrit dans une volonté de participer à la vie économique et culturelle de la région, et de favoriser les espaces de réflexion collective sur des sujets d’actualité. Les éditions précédentes ont abordé des thèmes aussi variés que le big data, l’au-delà ou les mécanismes de la mémoire.
La prochaine édition, en 2027, fêtera ses 20 ans ! L’occasion de retrouver les acteurs de la région neuchâteloise autour de cet événement singulier.