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Lab4Tech : l’emploi IT face à ses paradoxes

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Alors que les entreprises annoncent une pénurie de talents, Lab4Tech accompagne chaque année des centaines de professionnels IT qualifiés en recherche d’emploi.

Trente mille. C’est le nombre de postes informatiques qui manqueront en Suisse dans dix ans, selon les projections actuelles.

Dans le même temps, Lab4Tech, association lausannoise spécialisée dans l’employabilité des professionnels IT, accompagne chaque année entre 500 et 600 demandeurs d’emploi dans le seul canton de Vaud.

Des spécialistes en data science, en cybersécurité ou en développement, parfois hautement qualifiés, qui peinent pourtant à retrouver un emploi.

Ce paradoxe, Olivier Vanhiesbecq, directeur de Lab4Tech depuis près de dix ans, y est confronté chaque jour.

À l’origine, un besoin de spécialisation

Lab4Tech a été fondée en 2008, car il n’existait pas de mesure du marché du travail adaptée à l’informatique. « Les conseillers ORP orientaient souvent les candidats vers des formations sans réelle adéquation avec leurs besoins ou ceux du marché. », explique Olivier Vanhiesbecq. « La moindre formation coûtait 4 500 à 5 000 francs, pour un résultat qui n’était parfois pas du tout en accord avec les besoins réels du marché. »

La démarche initiale reposait sur une idée simple : rationaliser l’accompagnement des demandeurs d’emploi IT, proposer un diagnostic sérieux avant d’orienter vers une formation, et réduire les coûts pour l’État. Depuis, la mission s’est élargie et l’activité s’est fortement développée.

Initialement active dans tous les cantons romands (sauf Genève), l’association s’est progressivement recentrée sur le seul canton de Vaud. Non par choix stratégique, mais en raison d’une demande vaudoise devenue difficile à absorber à plus grande échelle.

Comment fonctionne concrètement Lab4Tech

L’association repose sur deux dispositifs complémentaires, tous deux financés par l’assurance chômage et assignés par les offices régionaux de placement (ORP).

  • Le premier est le bilan : une à quatre séances d’évaluation permettant d’établir une stratégie d’employabilité personnalisée, à destination aussi bien du candidat que de son conseiller ORP.
  • Le second est le stage pratique : une présence physique chez Lab4Tech, entre une semaine et trois mois, pour préparer et passer des certifications officielles reconnues par le marché. Oracle Certified Professional, certifications Cisco, Azure: l’objectif est de valider des compétences concrètes, pas de suivre une formation théorique déconnectée du terrain.

Des talents aux parcours variés

La diversité des profils accompagnés par Lab4Tech est particulièrement marquante. Du diplômé EPFL sans expérience professionnelle réelle à l’ingénieur senior dont le poste a été délocalisé, du spécialiste d’une technologie devenue obsolète au jeune master qui sort des études sans avoir décroché son premier emploi.

« Il n’y a pas de profil classique : ça va du CFC d’informaticien au docteur en informatique, de 21 à 63 ans. Nous accompagnons même des spécialistes en data science ou en intelligence artificielle qui rencontrent malgré tout des difficultés à se réinsérer professionnellement. »

Ce qui inquiète particulièrement la direction de Lab4Tech ces deux dernières années, c’est l’augmentation visible des jeunes diplômés. Anecdotique depuis 2008 (un ou deux cas sur 500 participants), leur part a bondi : en 2025, l’association en a accompagné une dizaine. En 2026, à fin août seulement, le chiffre s’élevait déjà à une vingtaine.

Ce n’est pas une impression. L’Office fédéral de la statistique vient de confirmer la tendance : le taux de chômage chez les jeunes titulaires d’un master est passé de 3,9% à 6,4%. Et dans certains cantons comme Vaud ou Genève, le secteur informatique est parmi les plus touchés, avec un taux de chômage sectoriel qui aurait doublé en quelques années.

L’IA : une cause réelle, mais aussi une excuse commode

Difficile de parler du marché IT sans aborder l’intelligence artificielle. Olivier Vanhiesbecq est direct : « Je pense que l’IA est la bonne excuse actuellement. » Si l’impact est réel sur certains profils, notamment en développement ou en design, il ne suffit pas à expliquer la dégradation observée. « Certaines entreprises préfèrent racheter des sociétés dans des pays européens pour avoir des ressources moins chères. L’IA leur donne une bonne raison de le faire sans trop s’en justifier. »

Le risque structurel, lui, est peut-être ailleurs. « Si les entreprises n’engagent pas de juniors aujourd’hui pour qu’ils deviennent seniors demain, que se passera-t-il quand les seniors partiront à la retraite ? » Une question qui s’adresse autant aux entreprises qu’aux décideurs publics.

Le partenariat avec UDITIS : une logique d’écosystème

Lab4Tech ne peut pas faire de publicité. Les partenariats avec des entreprises comme UDITIS remplissent alors un double rôle.

D’un côté, la visibilité : faire savoir aux entreprises de la région que Lab4Tech existe, et qu’elles peuvent y trouver des profils sérieux avant de publier une offre d’emploi sur les plateformes habituelles. Olivier Vanhiesbecq explique :

« Notre objectif est que les entreprises comme UDITIS pensent naturellement à consulter notre réseau lorsqu’elles recherchent une compétence spécifique »

De l’autre côté, la mise en relation directe. Lab4Tech ne fait pas de placement au sens légal du terme, mais peut mettre en contact un employeur et un candidat. Un mécanisme simple, informel, mais qui fonctionne.

« On parle beaucoup d’écologie environnementale. Je vois une forme d’écologie sociale dans notre démarche : valoriser les compétences déjà présentes sur notre territoire avant de chercher ailleurs. »

Retenir l’essentiel

À la fin de l’entretien, Olivier Vanhiesbecq résume d’une phrase ce que Lab4Tech tente de démontrer chaque jour : « On dit qu’il va manquer 30 000 postes d’informaticiens dans 10 ans. Nous en voyons 600 par an, rien que pour le canton de Vaud. « 

« Peut-être qu’il faudrait commencer par utiliser ces ressources locales, plutôt que d’aller les chercher ailleurs. »

UDITIS, partenaire de Lab4Tech, partage cette conviction. Avant d’ouvrir une recherche de talents, regarder les compétences déjà présentes dans la région n’est pas une démarche nostalgique. C’est une approche pragmatique et responsable.


Pour en savoir plus sur Lab4Tech ou entrer en contact avec l’association : www.lab4tech.ch